terre

terre
(tê-r') s. f.
1°   Sol sur lequel on marche et qui produit les végétaux.
2°   Terre, en termes de terrassement, de fortification.
3°   À terre.
4°   À plate terre.
5°   Par terre.
6°   Terre à terre.
7°   Donner du nez en terre.
8°   Sous terre.
9°   Entre deux terres.
10°   Terre se dit par rapport à l'action d'inhumer.
11°   La couche qui produit les plantes, la substance même d'un sol arable.
12°   La terre considérée relativement à sa composition et comme une matière ou substance particulière.
13°   Terre à sucre.
14°   Terre à pot ou à potier.
15°   Nom donné par les anciens philosophes à l'un des quatre éléments des corps.
16°   Nom donné pendant longtemps par les chimistes à un certain nombre de substances qu'ils n'avaient pu décomposer.
17°   La terre, planète.
18°   Il se dit, surtout au pluriel, de parties du globe, d'étendues de pays.
19°   Il se dit, tant au singulier qu'au pluriel, des pays.
20°   Domaine, fonds rural.
21°   La terre qui est sur le bord de la mer, d'un fleuve.
22°   La terre ferme, partie du globe distinguée des eaux, soit continent, soit île.
23°   La Terre, divinité.
24°   Fig. Les habitants de la terre.
25°   Fig. et par grande hyperbole, toute la terre, les gens d'un pays, d'une ville, d'une société.
26°   Fig. La vie présente.
27°   Terre rouge de la neige. Terre mérite.
   Sol sur lequel on marche, et qui produit les végétaux. Un tremblement de terre.
   Les veilles cesseront aux sommets de nos tours ; Le fer mieux employé cultivera la terre, MALH. II, 1.
   Dieu donna à l'élément aride le nom de terre, et il appela mers toutes les eaux rassemblées, SACI Bible, Genèse, I, 10.
   Alors Jonathas déchira ses vêtements, se mit de la terre sur la tête et fit sa prière, SACI ib. Machab. I, II, 71.
   On jette enfin de la terre sur la tête [du mort], et en voilà pour jamais, PASC. Pens. XXIV, 58, éd. HAVET..
   Comme il [Épictète] était terre et cendre, après avoir si bien compris ce qu'on doit..., PASC. Entret. avec Saci..
   Si l'origine qui nous est commune souffrait quelque distinction solide et durable entre ceux que Dieu a formés de la même terre, BOSSUET Duch. d'Orl..
   La terre et l'onde, expression trop commune en poésie pour signifier l'empire de la terre et de la mei, VOLT. Dict. phil. Terre..
   Il est prouvé par des expériences directes que ce qu'une plante tire de la terre pour sa nourriture est très peu de chose, et qu'il n'entre que quelques onces de terre pour fournir à l'accroissement d'un arbre du poids de 150 ou 200 livres, BONNET Contempl. nat. v, 13.
   Cède-moi la terre, dit l'orgueilleux Sicambre. - La terre que je te céderai, s'écria le Gaulois, tu la garderas éternellement, CHATEAUBR. Mart. VI.
   Voilà donc le séjour d'un peuple, et le murmure De ces innombrables essaims Que la terre produit et dévore à mesure, LAMART. Harm. I, 10.
   Ô terre, ô mer, ô nuit, que vous avez de charmes !, LAMART. ib. I, 10.
   Fig.
   Il n'a pas travaillé inutilement, la terre qu'il cultivait lui ayant donné avec abondance des fruits de bénédiction et de grâce, BOSSUET Bourgoing..
   Mettre pied à terre, descendre de cheval, de voiture, de quelque endroit élevé.
   Le duc mit pied à terre pour la secourir, HAMILT. Gram. 10.
   Un écureuil pourrait parcourir une bonne partie de la Russie sans mettre pied à terre [en passant d'arbre en arbre, BERN. DE ST-PIERRE Étude v..
   En parlant des chevaux, courir ventre à terre, galoper avec une extrême vitesse.
   Il [M. Millin] écrit à Paris qu'on lui envoie, ventre à terre, par une estafette, ses autres habits habillés, P. L. COUR. Lett. II, 68.
   Mettre un genou en terre, s'agenouiller.
   Parvenue sur le champ de bataille, la légion s'arrête, met un genou en terre, et reçoit de la main d'un ministre de paix la bénédiction du Dieu des armées, CHATEAUBR. Mart. VI.
   Fig. Reprendre terre, reprendre de nouvelles forces, par allusion à la fable d'Antée qui reprenait des forces quand il touchait la terre.
   L'attachement paraît plus grand qu'il n'a jamais été [entre le roi et Mme de Montespan] ; ils en sont aux regards ; il ne s'est jamais vu d'amour reprendre terre comme celui-là, SÉV. 30 juill. 1677.
   Fig. Baiser la terre, raser la terre, être dépourvu de toute élévation.
   Ses vers plats et grossiers, dépourvus d'agrément, Toujours baisent la terre et rampent tristement, BOILEAU Art p. II.
   Fig. Ras-terre, même signification.
   Il [le vieux Beaujon] est au-dessous d'une épigramme ; il est si ras-terre et si platement bénêt, que personne n'a le courage de s'en moquer ; ce serait grêler sur le persil, DE COURCHAMP Souvenirs de la marquise de Créquy, t. v, ch. 8.
   Fig. Faire de la terre le fossé, voy. fossé.
   Remuer de la terre, fouir et transporter de la terre pour des travaux de toute nature.
   Il a bien remué de la terre, se dit de quelqu'un qui a fait transporter beaucoup de terres d'un endroit à l'autre, dans un parc, dans un jardin.
   Terres rapportées, voy. rapporté.
   En termes de terrassement, la résistance qu'une certaine terre oppose au travail s'évalue par un nombre qui indique dans quelle proportion il faut unir les piocheurs aux pelleteurs pour la remuer ; dans ce nombre, le pelleteur est toujours représenté par une unité. En conséquence une terre est dite à 1 homme, quand un pelleteur suffit pour la remuer, à 2, 3... hommes, quand il faut joindre au pelleteur 1, 2... piocheurs ; à 3 hommes 1/2, quand il faut 5 piocheurs pour 2 pelleteurs, etc.
   En termes de fortification, sac à terre, petit sac en forte toile, qu'on remplit de terre et qu'on utilise, dans certains cas, pour la construction des batteries.
   Remuer de la terre, remuer la terre, se dit des travaux que l'on fait à la guerre pour attaquer ou défendre une place, pour élever des retranchements.
   On dit aussi : se couvrir de terre. Ouvrage de terre.
   À terre, se dit par extension de ce qui est ou de ce qui tombe sur le sol à nos pieds, quel que soit ce sol, la terre ou le plancher d'une chambre, le carreau, un parquet, un tapis ; avec cette idée que ce qui tombe ne touchait pas le sol auparavant. Cette draperie touche à terre. Ce couvreur est tombé à terre.
   Fig.
   Cela n'est pas tombé à terre, cela a été remarqué, relevé Je ne sais si vous avez celle [l'intention] de m'écrire des endroits admirables ; vous y réussiriez, mais aussi ils ne tombent pas à terre, SÉV. 22 sept. 1677.
   Il laissa échapper quelques paroles qui ne tombèrent point à terre, LESAGE Gil Bl XII, 3.
   On dit dans le même sens : Il ne laissera pas tomber cela à terre.
   Ne pas toucher à terre, courir si vite qu'il semble qu'on ne touche pas la terre.
   Le voyez-vous ce conquérant [Alexandre], avec quelle rapidité il s'élève de l'Occident comme par bonds, et ne touche pas à terre ?, BOSSUET Louis de Bourbon..
   Fig. Cette affaire n'a pas touché à terre, elle a passé sans difficulté.
   Cet homme ne laisse pas toucher du pied à terre, il ne donne pas le temps de se reconnaître.
   Regarder à terre, avoir les regards fixés sur le sol.
   Mme Dorsin, morne et pensive, regardait à terre, MARIV. Marianne, 8e part..
   À plate terre, sur la terre, sur le pavé, sur le plancher.
   En ce temps, on était ravi d'être à plate terre dans la paroisse du Montagu, SÉV. 26 janv. 1683.
   La perdrix rouge ne construit point de nid, mais pond ses oeufs à plate terre, sur un peu d'herbe ou de feuilles, BUFF. Ois. t. IV, p. 200.
   Ils dorment à l'air à plate terre, J. J. ROUSS. Ém. v..
   Par terre, se dit de ce qui est ou de ce qui tombe sur le sol à nos pieds, avec cette idée que ce qui tombe, touchait le sol auparavant. Il est tombé par terre en courant.
   Elle a vu deux Horaces par terre, et le troisième en fuite, CORN. Hor..
   Examen Ils ont été vaincus sur le bord de l'Euphrate, ils ont été renversés par terre, SACI Bible, Jérémie, XLVI, 6.
   Ma fille n'ayant pas voulu jeter tous les appartements [de Grignan] par terre, SÉV. 9 sept. 1694.
   Ces grands édifices que l'effort d'une main ennemie ou le poids des années ont portés par terre, BOSSUET 3e sermon, Pâques, 3.
   Mettre par terre, renverser par terre.
   Se jetant à ces mots sur le vin et l'encens, Après en avoir mis les saints vases par terre, CORN. Poly. III, 2.
   Fig. Jeter par terre, anéantir, renverser.
   Un même instant conclut notre hymen et la guerre, Fit naître notre espoir, et le jeta par terre, CORN. Hor. I, 3.
   Il vous a élevé aux yeux du monde ; il vous a porté par terre, BOSSUET Lett. 11.
   Fig. Tenir à terre, tenir dans l'abaissement.
   Pendant que les armées consternaient tout, il [le sénat romain] tenait à terre ceux qu'il trouvait abattus, MONTESQ. Rom. 6.
   Fig. Être à terre, être renversé.
   Pourquoi ont-ils attendu que la Société [les jésuites] fût à terre pour l'écraser ?, D'ALEMB. Oeuv. t. v, p. 206.
   Battre quelqu'un à terre, abuser de l'avantage que l'on a contre quelqu'un hors d'état de se défendre.
   On dit de même : tuer à terre.
   Je me suis rendu dans la réplique que je vous ai faite ; je vous ai demandé la vie, vous me voulez tuer à terre, cela est un peu inhumain, BUSSY à Mme de Sév. 31 août 1668, dans SÉV. t. I, p. 526, édit. RÉGNIER.
   Levez-vous, comte, je ne veux point vous tuer à terre ; ou reprenez votre épée pour recommencer le combat, SÉV. à Bussy, 4 sept. 1668.
   Fig. Tomber par terre, tomber à terre, être renversé, détruit.
   Et, n'eût été Léonce, en la dernière guerre, Ce dessein avec lui serait tombé par terre, CORN. Héracl. I, 1.
   Allez, honneurs, plaisirs qui me livrez la guerre : Toute votre félicité, Sujette à l'instabilité, En moins de rien tombe par terre, CORN. Poly. IV, 2.
   Tous vos raffinements tombent par terre, PASC. Prov. XVI.
   Platon : Ta tyrannie [Denys] n'a pas été plus solide que ma république ; elle est tombée par terre, FÉN. t. XIX, p. 227.
   Terme de manége. Ce cheval va, travaille terre à terre, son galop est de deux temps et de deux pistes.Fig. Terre à terre, d'une manière dépourvue de toute élévation.
   Comment, cet impertinent ne veut pas que les femmes aient de l'esprit ! il condamne toutes nos expressions élevées, et prétend que nous parlions toujours terre à terre !, MOL. Impromptu, 3.
   Je demande pardon à votre bel esprit de cette lettre toute terre à terre, mais il en faut quelquefois de cette façon, SÉV. à Bussy, 12 juill. 1691.
   Ma philosophie est terre à terre, Mme DU DEFFANT Lett. à H. Walpole, t. IV, p. 313, dans POUGENS.
   Fig. Aller terre à terre, avoir des vues peu élevées, des idées communes.
   Le mien [esprit] est fait, ma soeur, pour aller terre à terre, MOL. Femm. sav. I, 1.
   Il faut en ce monde une philosophie qui aille plus terre à terre, FÉN. Dial. des morts anc. dial. 17.
   Aller terre à terre, faire peu de progrès. Je vois avec douleur que vos progrès sont très lents, et que vous n'allez que terre à terre, Anal. de Bayle, t. II, p. 66.
   Substantivement, le terre à terre, allure du cheval qui consiste en une succession de petits sauts, près de terre, faits de côté et le cheval avançant toujours ; c'est un air relevé.
   Terme de danse. Le terre à terre, pas qui s'exécute sans sauter, en rasant la terre avec les pieds.
   Les mouvements des bayadères sont plutôt bizarres que gracieux ; leurs pas, peu élevés et peu hardis, sont plutôt des terre à terre ou des pas à l'anglaise, que les pas relevés et hardis de nos belles danseuses, LESCALLIER Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. IV, p. 36.
   Fig. Le terre à terre du style, des pensées.
   Il y a dans le talent une force motrice qui a horreur du terre à terre, CH. DE BERNARD Un homme sérieux, XVIII.
   Donner du nez en terre, tomber sur la face.
   Fig. Échouer dans une affaire.
   Sous terre, sous la superficie de la terre. Creuser une habitation sous terre. Mettre des conduits sous terre.
   Il y a longtemps qu'il est sous terre, qu'il est mort.
   Elle est mal pleurée, le père et le mari voudraient qu'elle fût déjà sous terre, SÉV. 400.
   Par exagération. Je voudrais être cent pieds sous terre, se dit quand on a quelque chagrin violent, quelque honte, quelque confusion.
   Jenni aurait voulu être cent pieds sous terre, VOLT. Jenni, 7.
   Fig. Sous terre, par intrigues cachées.
   Le P. le Tellier, qui faisait tout sous terre, n'imitait en rien le P. de la Chaise, SAINT-SIMON 281, 64.
   Sous terre, dans un endroit très caché.
   Je trouvai au bout du mail le frater [Ch. de Sévigné], qui se mit à deux genoux aussitôt qu'il m'aperçut, se sentant si coupable d'avoir été trois semaines sous terre à chanter matines, qu'il ne croyait pas me pouvoir aborder d'une autre façon, SÉV. 235.
   Sous terre, d'une manière sourde.
   Ce secret [la haine entre Mme de Montespan et Mme de Maintenon] roule sous terre depuis plus de six mois, SÉV. 7 août 1675.
   De dessous terre, d'un endroit très caché.
   Hommes noirs d'où sortez-vous ? Nous sortons de dessous terre, BÉRANG. Révér. pères..
   Fig.
   Il est tant de traitants qu'on voit depuis la guerre En modernes seigneurs sortir de dessous terre, REGNARD Joueur, v, c..
   Quand ces gens-là viennent à se manifester, vous voyez des vertus qui sortent de dessous terre, MARIV. Pays. parv. 1re part..
   Terme de culture. Couper entre deux terres, aller, à quelques pouces au-dessous de la surface du sol, trancher une racine pivotante avec un fer de bêche, sans d'ailleurs soulever la motte ni arracher la plante. Couper es chardons entre deux terres.
   Fig. Entre deux terres, par intrigues cachées.
   M. du Maine n'allait jamais qu'entre deux terres, et on verra qu'il me ménagea toujours, SAINT-SIMON 308, 35.
10°   Terre, se dit par rapport à l'action d'inhumer. Bénir la terre d'un cimetière. Ouvrir la terre. On paye tant dans cette paroisse pour l'ouverture de la terre.
   Je me plains seulement de ce pays barbare Qui de six pieds de terre à son prince est avare, ROTR. Antig. IV, 3.
   Et s'il faut, poursuivit la vieille charitable, Que votre cruauté lui refuse un secours, C'est un homme à porter en terre dans deux jours, MOL. Éc. des femmes, II, 6.
   Paul.... Est curé maintenant et met les gens en terre, BOILEAU Épigr. XX..
   Terre sainte, terre bénite et consacrée à l'inhumation des fidèles. Être enterré, inhumé en terre sainte.
   Le refus qu'on a fait à Voltaire et à Molière de les enterrer l'un et l'autre dans ce que nous appelons terre sainte, D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 9 oct. 1778.
   Que la terre te soit légère, ancienne formule pour les sépultures des Grecs et des Romains.
   Fig. Faire rentrer en terre, remplir de crainte, de confusion.
   [Harlay avait] des yeux qui, fixés sur un client ou un magistrat, étaient pour le faire rentrer en terre, SAINT-SIMON 17, 198.
11°   La couche qui produit les plantes, la substance même d'un sol arable. Terre forte, légère, grasse. Terre à blé.
   Si M. de Grignan ne vous donne quelque repos, comme on fait à une bonne terre...., SÉV. 90.
   La terre, cette bonne mère, multiplie ses dons selon le nombre de ses enfants qui méritent ses fruits par leur travail, FÉN. Tél. V.
   S'ils [les labours] doivent être multipliés dans les pays froids, où les terres trop compactes ont besoin d'être divisées, il faut les économiser dans des pays chauds, où le soleil pénétrerait trop facilement jusqu'aux racines, TESSIER Instit. Mém. scienc. t. I, p. 260.
   Le soleil cuit la terre pendant les grandes chaleurs, PARMENTIER Culture des grains, t. I, p. 223.
   Les terres engraissées avec la chaux ne peuvent enrichir que les vieillards, PARMENTIER ib. p. 306.
   Plus tôt en terre, plus tôt hors de terre, PARMENTIER ib. t. II, p. 430.
   Terre végétale, terre naturelle, répandue partout en épaisseur inégale, et propre à la végétation, dite aussi terre franche.
   La terre végétale, presque entièrement composée des détriments et du résidu des corps organisés, BUFF. Min. t. VII, p. 302.
   Les agricoles qui ont voulu suppléer aux engrais par des labours trop fréquemment répétés.... ont vu leur terre s'appauvrir graduellement, et leurs champs devenir stériles par la destruction de la terre végétale, SAUSSURE Voy. Alpes, t. v, p. 208, dans POUGENS.
   Terre vierge, terre qui n'a pas encore été cultivée.
   Terre neuve, terre qui n'a pas été retournée depuis longtemps.
   Terre de bruyère, terreau acide formé de débris de plantes riches en tanin.
   Terre usée, terre à laquelle on a trop fait produire.
   Terres froides, terres argileuses et humides ou terres marneuses.
   Un arbre en pleine terre, ou un arbre de pleine terre, un arbre qui n'est pas planté dans une caisse.
12°   La terre considérée relativement à sa composition et comme une matière ou substance particulière. Terre calcaire. Terre siliceuse.
   Terre d'Almagra, terre ocreuse rouge, usitée dans la peinture à fresque.
   Terre blanche de Cologne, terre de pipe.
   Terre brune de Cologne, sorte de lignite employé comme matière colorante dans la peinture en détrempe et même dans la peinture à l'huile ; on s'en sert aussi comme combustible.
   Terre de la Chine, terre à porcelaine, le kaolin.
   Terre à foulon, espèce de glaise onctueuse au toucher qui sert à préparer les draps.
   Terre du Japon, cachou.
   Terre jaune, argile ocreuse.
   Terre de Lemnos, substance argileuse qui ne diffère pas essentiellement de la sanguine ou argile ocreuse rouge graphique de Haüy. On en formait de grosse pastilles sur lesquelles on imprimait le sceau du Grand Seigneur, ce qui lui a fait aussi donner le nom de terre sigillée.
   Terre de Lemnos, se disait aussi d'une substance solide, rougeâtre et légèrement astringente, préparée en Egypte, suivant Prosper Alpin, avec la pulpe du fruit du baobab.
   Terre de Nocera, nom de la terre d'ombre (Nocera est une ville de l'ancienne Ombrie).
   Terre d'ombre, argile ocreuse, d'un beau brun foncé, qu'on tirait autrefois de l'Ombrie (d'où son nom), mais qui existe dans plusieurs autres lieux de l'Italie, et que le commerce nous apporte de l'île de Chypre quelquefois sous le nom de terre d'ombre de Turquie. Elle sert en peinture (LEGOARANT).
   Terre de pipe, variété d'argile blanche.
   Terre à pisé, nom donné, à cause de son emploi, au limon jaune ou lehm.
   Terre pourrie d'Angleterre, sorte de tripoli léger et friable, très estimé pour polir.
   Terre de Sienne, minerai de fer oxydé, employé en peinture.
   Terre de Vérone, matière colorante employée dans la peinture à l'huile et dans le stuc.
13°   Terre à sucre, argile blanche qu'on emploie pour le terrage, et qui possède la propriété de se charger d'eau et de la laisser échapper peu à peu.
14°   Terre à pot ou à potier, ou, simplement, terre, argile blanchâtre, compacte, molle, qui se cuit dans les fourneaux, et dont on fait les tuiles, les briques, les pots, la faïence. De la poterie de terre. Un plat de terre.
   Terre blanche, terre de pipe, terre anglaise, noms donnés aux faïences fines.
   Terre vernissée, celle qui, en sortant de la roue du potier, reçoit un couche de plomb calciné. Vaisselle de terre vernissée.
   L'argile dont les sculpteurs se servent pour modeler leurs ouvrages.
   Un très habile artiste de ce pays-ci, nommé Houdon, déjà connu par plusieurs beaux ouvrages, a fait en terre, en attendant le marbre, un magnifique buste du patriarche [Voltaire], D'ALEMB. Lett. au roi de Pr. 16 août 1778.
   Terre cuite, cette même terre façonnée en statues, en vases, etc. et durcie au feu. Un buste, un médaillon de terre cuite.
   On dit dans le même sens : une terre cuite.
   En général, les terres cuites de Le Moine valent mieux que ses marbres, DIDER. Salon de 1767, Oeuv. t. XV, p. 110, dans POUGENS.
15°   Nom donné par les anciens philosophes à l'un des quatre éléments qu'ils supposaient dans les corps. La terre, l'eau, l'air et le feu.
   La terre pure est la base ou le fond de la composition des solides ; le chimiste la retrouve dans tous les corps dont il fait l'analyse, BONNET Contempl. nat. III, 4.
Nom donné pendant longtemps par les chimistes à un certain nombre de substances qu'ils regardaient provisoirement comme simples, aucun des agents connus jusqu'alors n'ayant de prise sur elles, mais qu'on est parvenu depuis à décomposer et à ramener à la classe des corps oxygénés. La chaux, la strontiane étaient des terres.
   Ce sont ces oxydes qu'on a connus jusque dans ces derniers temps sous le nom générique de terres ou de bases salifiables terreuses, et sous les noms spécifiques de silice, zircone, thorine, alumine, yttria, glucine et magnésie, THENARD Traité de chim. t. II, p. 38, dans POUGENS.
   Terres métalliques, les oxydes métalliques.
   Terre absorbante, le carbonate de chaux, de magnésie.
   Terre animale, phosphate calcaire qui entre dans les os.
   Terre foliée, voy. folié.
   Terre pesante, la baryte.
   Terre de Sedlitz, magnésie.
17°   Planète qui fait sa révolution annuelle autour du soleil en trois cent soixante-cinq jours, six heures et quelques minutes, et qui tourne sur elle-même en vingt-quatre heures.
   Que l'homme contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté.... que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre [le soleil] décrit, PASC. Pens. I, 1, éd. HAVET..
   La terre elle-même est emportée avec une rapidité inconcevable autour du soleil, LA BRUY. XVI.
   La terre est soumise, comme les autres planètes, aux lois des mouvements, MONTESQ. Lett. pers. 113.
   Il n'est plus possible de douter que cette même terre si grande et si vaste pour nous ne soit une assez médiocre planète, une petite masse de matière qui circule avec les autres autour du soleil, BUFF. Théor. terr. part. hyp. Oeuv. t. IX, p. 302.
   La terre est un globe d'environ trois mille lieues de diamètre ; elle est située à trente millions de lieues du soleil, autour duquel elle fait sa révolution en trois cent soixante-cinq jours, BUFF. Hist. nat. preuv. th. terr. Oeuv. t. I, p. 185.
   Le premier résultat que l'on peut admettre comme vérité, c'est que la terre a été originairement fluide ; ses parties, animées par la pesanteur et liées par la cohésion, n'auraient pas obéi à la petite force centrifuge, si elles n'avaient été molles ou plutôt liquides et capables de glisser facilement ou de couler les unes sur les autres, BAILLY Hist. astr. mod. t. III, p. 42.
   On observe que les corps tombent plus lentement sous l'équateur ; Newton en conclut que la terre a la figure d'un sphéroïde aplati par ses pôles, BAILLY ib. t. II, p. 528.
   Une autre entreprise plus extraordinaire, plus délicate et plus difficile que la détermination de l'obliquité de l'écliptique, fut celle de la mesure de la terre ; elle a immortalisé Ératosthène, BAILLY ib. t. I, p. 35.
   M. Cassini estime qu'un homme à pied, marchant, par un beau chemin et du même pas, douze heures par jour, ferait le tour de la terre en deux ans, BAILLY Hist. astr. anc. p. 146.
   Tout porte à croire que la masse intérieure du globe est encore douée maintenant de sa fluidité originaire, et que la terre est un astre refroidi, qui n'est éteint qu'à sa surface ; ce que Descartes et Leibnitz avaient pensé, CORDIER Instit. Mém. scienc. t. VII, p. 538.
   Le globe terrestre.
   Cieux, écoutez ma voix ; terre, prête l'oreille, RAC. Athal. III, 7.
   L'ouverture du siècle présent se fit, à l'égard de la géographie, par une terre presque nouvelle que M. Delisle présenta, FONT. Delisle..
   Que savons-nous si la terre entière n'a pas des causes générales, lentes et imperceptibles de lassitude ?, MONTESQ. Lett. pers. 113.
   Une partie du globe se prend au figuré pour toute la terre ; on dit que les anciens Romains avaient conquis la terre, quoiqu'ils n'en possédassent pas la vingtième partie, VOLT. Dict. phil. terre..
   Être sur terre, vivre, exister.
   Enfant de la terre, homme.
   Malheur à l'enfant de la terre Qui, dans ce monde injuste et vain, Porte en son âme solitaire Un rayon de l'esprit divin !, V. HUGO Odes, le Génie..
   Tant que terre nous pourra porter, aussi loin que nous pourrons aller.
   Elliptiquement. Tant que terre. Nous irons tant que terre.
   Fig. Aussi longtemps qu'on voudra.
   Je suis d'une paresse digne de la vôtre par le chaud ; je vous tiendrais compagnie à causer sur un lit, tant que terre nous pourrait porter, SÉV. 24 juin 1676.
   On ne voit ni ciel ni terre, se dit quand on est dans une profonde obscurité.
   Fig. et familièrement. Remuer ciel et terre, employer toute espèce de moyens pour arriver à son but.
18°   Il se dit, surtout au pluriel, de parties du globe, d'étendues de pays. Terres inhabitées. Les terres arctiques.
   Je méditais ma fuite aux terres étrangères, RAC. Bajaz. III, 2.
   Kempfer a très bien remarqué que tous les peuples situés à l'orient de l'Asie donnent le nom d'Indes à toutes les terres australes, DIDER. Opin. des anc. philos (Asiatiques)..
   Je me portai sur le 37e parallèle, pour chercher la prétendue terre découverte par les Espagnols en 1610 ; je ne crois point à l'existence de cette terre, LAPÉROUSE Voy. t. IV, p. 193, dans POUGENS.
   Fig.
   Je m'en vais gager qu'ils n'ont jamais vu la carte de Tendre, et que Billets-Doux, Petits-Soins, Billets-Galants.... sont des terres inconnues pour eux, MOL. Préc. 5.
   Terre de Labrador, contrée située au nord de l'Amérique, près de la baie de Hudson.
   Terre de Labour, contrée de l'Italie, ainsi nommée à cause de sa fertilité.
   Terre des Papous ou Nouvelle-Guinée, île située près des Moluques.
19°   Il se dit, tant au singulier qu'au pluriel, des pays. Les terres du Turc, du Mogol.
   Soit que ... Tu passes comme un foudre en la terre flamande, MALH. II, 6.
   Préparez-vous à voir par toute votre terre Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre, CORN. Nicom. III, 1.
   La Lorraine, la Comté et tout ce qui borde Je Rhône était terre d'empire, VOLT. Lett. Courtivron, 12 juill. 1757.
   Seyssel, où, étant sur terre de France, nous n'aurions plus rien à risquer, J. J. ROUSS. Confess. III.
   Quel que soit le destin que couve l'avenir, Terre [Italie], enveloppe-toi de ton grand souvenir !, LAMART. Harm. II, 3.
   La terre sainte, la Judée.
   Tous les pèlerins, le chapelet à la main, étaient restés en silence dans la même attitude, attendant l'apparition de la terre sainte, CHATEAUBR. Itin. part. 3.
   Terre de promission, terre promise, la Palestine que Dieu promit à Abraham.
   Fig. C'est une terre de promission, se dit d'un pays gras et fertile.
   Terre de malédiction, terre maudite, terre infertile, dangereuse.
   Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie ; malheureuse la terre de malédiction que ces trois fleuves de feu embrasent plutôt qu'ils n'arrosent !, PASC. Pens. XXIV, 33.
20°   Domaine, fonds rural.
   Je verrai bientôt Gourville, et lui parlerai de Vénejan ; c'est une situation admirable ; mais il ne faut pas le vendre à vil prix, comme on vend aujourd'hui toutes les terres, SÉV. 303.
   M. de Rochebonne s'en va dans ses terres pour donner ordre à ses affaires, SÉV. 161.
   Ce que c'est que l'illusion de croire avoir du bien, quand on n'a que des terres, SÉV. 9 oct. 1675.
   Eh bien, mon pauvre Lépine, je suis sur mes terres ; et me voilà pourtant, en dépit de l'envie, propriétaire du château et de la seigneurie de Gaillardin, DANCOURT Vacances, sc. 3.
   Si j'avais seulement une petite terre où je pusse me retirer, je serais sûr d'avoir de quoi vivre, MONTESQ. Lett. pers. 132.
   Dans la plupart des tribunaux, on admet cette maxime : nulle terre sans seigneur, comme si ce n'était pas assez d'appartenir à la patrie, VOLT. Moeurs, 38.
   Les nouveaux ministres disaient dans leur préambule qu'on ne doit taxer que les terres, parce que tout vient de la terre jusqu'à la pluie, et que par conséquent il n'y a que les fruits de la terre qui doivent l'impôt, VOLT. l'Homme aux 40 écus, désastre.
   Ils [les gens de la bande noire] achètent de grands biens pour les revendre en détail, et, de profession, décomposent les grandes propriétés ; c'est pitié de voir quand une terre tombe dans les mains de ces gens-là ; elle se perd, disparaît, P. L. COUR. Lett. V.
   Fig.
   Si vous poursuivez le mérite, ce n'est pas sur nos terres que vous devez chasser, MOL. Préc. 10.
   Fig. Chasser sur les terres d'autrui, empiéter sur les droits des autres.
   Terre vague, terre que personne ne réclame.
   Terre bien plantée, terre où il y a beaucoup de plantations.
   Terre bien bâtie, terre où il y a une belle maison d'habitation, et tous les bâtiments nécessaires pour l'exploitation.
   N'avoir pas un pouce de terre, n'avoir point de biens en fonds de terre.
   Être riche en fonds de terre, posséder beaucoup de terres.
   Fig. Quitter une terre pour le cens, abandonner une chose plus onéreuse que profitable.
21°   La terre qui est sur le bord de la mer, d'un fleuve. Terre haute. Terre basse.
   Dans le moment où Télémaque [sortant de la barque de Charon] mit pied à terre, FÉN. Tél. I, XVII.
   Savoir, à une heure marquée, qui a descendu à terre avec un argent frais et d'une nouvelle prise, LA BRUY. VI.
   Quelques jours après cet accident nous aperçûmes la terre, CHATEAUBR. Amér. Voy. en Amérique..
   S'il arrive que le fleuve ne s'élève pas à quatre cents pouces, il n'y a d'arrosées que les terres basses, RAYNAL Hist. phil. XI, 3.
   Fig.
   J'aperçois terre enfin, et je me hâte de gagner le rivage, DESC. Musique, Des modes..
   Terre ! terre ! cri des matelots quand, après une longue navigation, ils aperçoivent la terre.
   Fig.
   Panthion nous lut ensuite un ouvrage d'une excessive longueur ; Diogène, assis auprès de lui, jetait par intervalles les yeux sur le manuscrit, et, s'étant aperçu qu'il tendait à sa fin : Terre ! terre ! s'écria-t-il, BARTHÉLEMY Anach. ch. 61.
   Prendre terre, débarquer, aborder.
   Pompée fut massacré devant les murs de Pélusium qu'on appelle aujourd'hui Damiette, et César prit terre à Alexandrie, CORN. Pomp. Examen..
   Mettre à terre, faire débarquer.
   Je sais.... qu'Antoine a mis à terre Ce qui dans ses vaisseaux restait de gens de guerre, CORN. Pomp. v, 3.
Perdre terre, se dit d'un vaisseau qui, s'éloignant de la terre, cesse de la voir.
   Perdre terre, se dit aussi quand, entrant dans l'eau, on va assez loin pour, debout, ne plus toucher le fond avec les pieds.
   Fig.
   Perdez terre dans cet océan, BOSSUET Pens. 2.
   Je l'ai mené si loin qu'il en a perdu terre, TH. CORN. Feint astrol. II, 5.
   Fig. Faire perdre terre à quelqu'un dans une discussion, le réduire à ne savoir que répondre.
   Aller terre à terre, se dit des bâtiments qui naviguent sans perdre la terre de vue.
   Après avoir passé des années entières à creuser le tronc d'un gros arbre avec des pierres tranchantes, ils [les anciens hommes] se mettaient sur la mer dans ce tronc, et allaient terre à terre portés par le vent et par les flots, FONTEN. Mond. 2e soir..
   Que sont les voyages des anciens, faits presque toujours terre à terre, comparés à ceux dont s'honore l'histoire moderne ?, BOUGAINV. Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 53.
   Fig.
   Quand nous les aurons surmontées [des difficultés], nous nous trouverons dans ces belles routes où les hommes de génie nous ont devancés ; et peut-être avoueront-ils qu'ils y sont arrivés, comme nous, terre à terre, CONDIL. Lang. calc. I, 4.
   Raser la terre, se dit d'un bâtiment quelconque qui va près des côtes.
   Cette ville est bien avant dans les terres, elle est fort éloignée du bord de la mer.
   Terme de marine. Être à terre ou sous la terre, en naviguer très près.
   Chasser la terre, chercher à la découvrir ou à s'en rapprocher.
   Être à terre d'un navire, se trouver entre la terre et ce navire.
   Terre de beurre, nuage voisin de l'horizon dont l'apparence est celle de la terre. C'est une terre de beurre, elle fondra au soleil.
   Vent de terre, vent qui souffle de la terre.
   Terres mortes, vases, graviers qui encombrent un cours d'eau.
   Armée de terre, forces de terre, les troupes qui combattent sur terre, par opposition à armée de mer, forces de mer.
22°   La terre ferme, partie du globe distinguée des eaux, soit continent, soit île.
   Terre ferme, se dit en géographie par opposition à île.
   Autrefois, les possessions de Venise sur le continent. Les nobles de terre ferme.
   Elle [Venise] défendait à peine ses États de terre ferme des prétentions de l'Allemagne, VOLT. Louis XIV, 2.
   Terre ferme, nom que les Espagnols donnaient au gouvernement de Panama.
23°   La Terre (on met une majuscule), personnification divinisée de la terre, chez les anciens. Les géants étaient fils de la Terre.
24°   Fig. Les habitants de la terre.
   Là [dans la mort] se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre, MALH. I, 3.
   Si cela était, il n'y aurait plus de parti différent ni de division dans le monde ; tous les hommes n'auraient qu'une volonté, et toute la terre vous obéirait, VOIT. Lett. 29.
   Maintenant, ô rois, apprenez ; instruisez-vous, juges de la terre, BOSSUET Reine d'Anglet..
   Quand la terre obéit, que craignez-vous des dieux ?, VOLT. Sémiram. II, 7.
   Ah ! nous [chrétiens] n'avons que trop aux maîtres de la terre Emprunté pour régner leur puissance adultère, LAMART. Harm. I, 6.
25°   Fig. et par grande hyperbole, toute la terre, les gens d'un pays, d'une ville, d'une société.
   Avec moi, si tu veux, aime toute la terre, Sans craindre que jamais je t'en fasse la guerre, CORN. Place roy. II, 8.
   Je n'y fus point, parce qu'on oublia de m'apporter mon billet ; tout le reste de la terre habitable y était, SÉV. 129.
   Seize années d'une prospérité accomplie qui coulèrent sans interruption avec l'admiration de toute la terre, BOSSUET Reine d'Anglet..
   Délaissée de toute la terre dès ma naissance, je fus comme jetée entre les bras de sa providence paternelle [de Dieu], BOSSUET Duch. d'Orl..
   De l'aveu de toute la terre, votre femme est d'une vertu et d'une soumission, qui devraient vous obliger à toutes sortes d'égards, MAINTENON Lett. à M. d'Aubigné, 25 juin 1684.
   Ce monsieur de la Serre, Si bien connu de vous et de toute la terre, REGNARD le Joueur, III, 4.
   Elle n'avait plus rien et devait à toute la terre : à son boucher, à son boulanger, à ses femmes, à ses valets, à sa couturière, à son cordonnier, DIDER. Salon de 1767, Oeuv. t. XIV, p. 325, dans POUGENS.
   J'ai fait aujourd'hui les quatre coins de Paris, et j'ai vu, je crois, toute la terre, DIDER. Est-il bon, est il méchant ? II, 3.
   Ce Després connaît toute la terre, PICARD et MAZÈRES Trois quartiers, III, 5.
   Cela est reçu par toute la terre, et, familièrement, par toute terre
26°   Fig. La vie présente. Vous ne songez qu'à la terre. Les plaisirs de la terre.
   Ce texte [vanité des vanités], qui convient à tous les événements, par une raison particulière devient propre à mon lamentable sujet, puisque jamais les vanités de la terre n'ont été si clairement découvertes, ni si hautement confondues, BOSSUET Duch. d'Orl..
   Elle [Marie] est dans cette terre d'exil notre consolation, BOURDAL. Dévot. à la Vierge, Myst. t. II, p. 361.
   Que ne puis-je, porté sur le char de l'aurore, Vague objet de mes voeux, m'élancer jusqu'à toi ? Sur la terre d'exil pourquoi rester encore ? Il n'est rien de commun entre la terre et moi, LAMART. Médit. I.
27°   Terre rouge de la neige, un des noms vulgaires sous lesquels on a désigné le protococcus nivalis, hydrophyte de la famille des phycées, appelé aussi neige rouge.
   Terre mérite ou terra merita, nom donné dans le commerce à la racine du safran des Indes ou curcuma, quand elle est réduite en poudre. Garance, terra merita ou coucoume, gaude, génestrolle, Instr. gén. pour la teinture, 18 mars 1671, art 117.
   Terra merita a été altéré en talmerital. Gaude, cochenille, talmerital, bourre de chèvre, Règlem. sur les manuf. août 1669, Teinturiers en laine, art. 5.
PROVERBES
   Il a peur que la terre ne lui manque, se dit d'un homme avare et timide qui craint toujours que le nécessaire ne vienne à lui manquer.
   Six pieds de terre suffisent pour le plus grand homme, la mort rend égales toutes les conditions.
   Bonne terre, mauvais chemins, dans les terres grasses les chemins sont mauvais.
   Qui terre a guerre a, qui a du bien est sujet à avoir des procès.
   Tant vaut l'homme, tant vaut la terre, c'est la capacité du propriétaire qui fait la valeur de la terre.
   Louis XIV faisait observer sur la carte à l'un de ses courtisans quel petit espace la France occupait dans le monde : Vraiment, sire, dit le courtisan, tant vaut l'homme, tant vaut sa terre, MARMONTEL Oeuv. t. VII, p. 468.
   Terre bien cultivée, moisson espérée.
   De bonne vie bonne fin, De bonne terre bon pepin.
   Il vaut mieux en terre qu'en pré, se dit d'un homme dont on regretterait peu la mort.
   XIe s.
   Ki abate femme à terre pour faire lui force, Lois de Guill. 19.
   Jamais en tere [sur terre] [Charles] ne porterat curone, Ch. de Rol. LXXII.
   Li quens Rollans veit l'arcevesque à tere, ib. CLXIV.
   XIIe s.
   Et ore vos, reis, entendez, seiez apris, vos qui jugiez la terre, Psautier, dans Arch. des missions scient. t. v, p. 145.
   De plene terre est sailliz en l'arzon, Ronc. p. 52.
   Qui trestout gisent par terre ensanglantez, ib. p. 101.
   Terre de France, ib. p. 87.
   Aler m'estuet [me faut aller] mourir en terre estraigne [étrangère], Couci, XXII.
   Chascun plore sa terre et son païs, Quant il se part de ses coraus amis [amis de coeur], ib. XXIV.
   Aussi com en la mer est puissanz la baleine, Si est lor poestez en terre soveraine, Sax. XXX.
   Scaïmans e Rogiers par secche terre alerent, Th. le mart. 50.
   XIIIe s.
   Se nous en alons à terre ferme, la terre est grande et large...., VILLEH. LXII.
   Et une autre partie s'en embla par terre, qui bien s'en quida aler sainement par Esclavonie, VILLEH. LIV.
   Et le fist moult honorablement sevelir comme empereour et mettre en terre, VILLEH. XCVIII.
   Et tout li Latin qui estoient hebergié en Constantinoble, de quelque terre que il fussent, n'i oserent puis demorer, VILLEH. XCI.
   Li empereres Alexis l'apela en une chambre, puis le fist jeter à terre, et li fist traire les iels fors de la teste, VILLEH. CXV.
   Berte dort ens au bois dessus la terre dure, Berte, XLII.
   .... Si comme teres gaignables, bois, prés, vignes, gardins.. . toutes tix [telles] cozes sont heritage, BEAUMANOIR XXIII, 3.
   Tretuit grant et petit ne se sient sus autre chose que sus la terre, et dient que.... seoir sus la terre est moult hounorable chose, pour ce que nous sommes tuit de terre, et à la terre devons retourner, MARC POL p. 617.
   C'est grant merveille des richesses qui y sont [dans des îles], d'or, de pierres et de toutes espiceries ; mais elles sont si loings de terre ferme que à grant paine y puet l'en aler, ID. p. 551.
   XIVe s.
   J'ai pour l'amour de toi grant paine recheüe Et en terre et en mer ; mais Diex m'a secorue, Baud. de Seb. III, 131.
   XVe s.
   Pape Gregoire monta en mer en Marseille.... et prit terre à Gennes, FROISS. II, II, 20.
   Et [les Anglois], venus en la place et devant le moustier, ils mirent tantost pied à terre et empoignerent leurs lances, FROISS. II, II, 210.
   Si en occirent et mirent par terre grand foison, et puis retournerent dedans Aubenton, FROISS. I, I, 103.
   Et ainsi donnent achoison Aux ennemis d'eulx mettre à terre [vaincre], E. DESCH. Poésies mss. f° 80.
   Excepté qu'il ne consentiroit pour riens qu'ilz eussent terre [les Anglais en France], COMM. IV, 8.
   Lancelot commença à le toucher plus vivement que devant à force de grans coups de son espée trenchant, et à prendre terre sur luy, Lancelot du lac, t. III, f° 150, dans LACURNE.
   Discension se meut entre le suppliant et ung nommé Jehan Ythier, à l'occasion de certaine terre morte ou fumier, DU CANGE terra..
   À tant prindrent terre [prirent place pour jouter] par devant les hourdis, où ilz furent moult regardez des dames et damoyselles, Perceforest, t. v, f° 105.
   Terre sans seigneur est legiere à conquester, ib. t. II, f° 34.
   Tel accroist sa terre, qui n'accroist pas pourtant son honneur, ib. t. III, f° 85.
   XVIe s.
   Or y avoit-il dix ou douze galeres qui le cotovoient [Lautrec] toujours terre à terre, pour le favoriser, CARL. I, 4.
   Que mauldite soit cent pieds sous terre l'entreprise !, CARL. v, 20.
   Et c'est comme si quelqu'un monstroit à un pere son enfant couché par terre, tout sanglant...., LANOUE 57.
   Proverbe a esté depuis et jà de longtemps en usage entre les Grecs mesmement, et de longtemps aussi a esté trouvé veritable : bonne terre, mauvaise gent, H. EST. Apol. d'Hérod. p. 4, dans LACURNE.
   Terre chevauchée est à demi mangée, COTGRAVE .
   On ne doit pas laisser bonne terre pour mauvais seigneur, COTGRAVE .
   Terres sauvages que l'on appelle en Normandie terres mortes, DU CANGE terra..
   La terre ouvre son sein ; du ventre des tombeaux Naissent des enterrez les visages nouveaux, D'AUB. Tragiques, Jugement..
   Wallon, têr ; bourguig. tarre ; prov. et ital. terra ; esp. tierra ; du lat terra, de torrere, brûler, rendre sec, de méme radical que le sanscr. tars, être sec, se dessécher ; grec, sécher, essuyer : proprement la chose sèche. Terra, de torrere, l'o conservé dans ex-torris, exilé.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré. . 1872-1877.

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